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Dimanche 23 décembre 2007

La Méditerranée au XIIè siècle,  carrefour des civilisations.

1095 -1204

 

But des séances : présenter l’espace méditerranéen et montrer qu’au XII è siècle ( siècle de conflits entre la civilisation chrétienne et musulmane) malgré les oppositions très fortes entre la chrétienté et l’Islam, la méditerranée est au cœur des échanges culturels, commerciaux entre les  civilisations.

 

Introduction : Rapide présentation des 3 civilisations :

 

a) Le Monde Musulman :

Projection : carte du Monde Musulman au XII è siècle ou carte p 60-61.

Documents p 72-73


Questions : Comment apparaît le monde musulman au XIIè siècle ?

monde vaste mais dispersé et divisé (A l’Est, l’Empire abasside, En Egypte, le califat fatimide      ( chiite ), Au Maghreb et en Espagne (Al-Andalous), les souverains berbères almoravides puis almohades règnent en toute indépendance.


Documents 1, 3  p 72-73 : Qu’est ce qui relie le monde musulman ?

un monde uni par la religion ( le Coran / les 5 piliers de l’Islam…) et la langue arabe.


Documents 2, 5 p. 72-73 : Comment caractériser le monde musulman ?

Un monde urbain, éduqué, raffiné ( splendeur des villes, richesse du commerce)

 

Bilan : Il est donc divisé mais uni par la langue arabe et véhicule un essor culturel remarquable ( théologie, philosophie,, littérature, sciences, traités antiques traduits du grec ou du persan…). Enfin c’est un monde ou le commerce est très florissant ( immenses terres).

  

b) L’Empire byzantin :

Projection : carte L’Empire byzantin  au XII è siècle

Documents p. 70-71


Comment apparaît L’Empire byzantin au XIIè siècle ?


Héritier de l’Empire Romain d’Orient. Espace réduit, pris entre l’occident chrétien  et les Turcs Seldjoukides. ( fin XI è siècle, il perd ses possessions en Italie du Sud au profit des Normands).


Documents 1, 2  p 70-71 : Quels sont les pouvoirs de l’Empereur byzantin ?


Le basileus ( roi en grec) détient tous les pouvoirs. Il nomme le patriarche de Constantinople et il est le représentant de Dieu parmi les hommes : pouvoir théocratique.


Documents 3, 4  p 70-71 : Relevez dans le texte les éléments qui expriment la splendeur de Constantinople ? Quels éléments soulignent les aspects négatifs ?


Splendeur et richesse de Constantinople. Somptuosité de la décoration intérieure, beauté des images saintes : rayonnement de l’art byzantin. Mais cité corrompue et vicieuse. La défense de la ville coûte beaucoup d’argent ( risque de ruine) car la ville est souvent attaquée par les Turcs Seldjoukides.

 

 Sur le plan social, la population croit faiblement ; faible vitalité démographique. Sur la plan économique, l’Empire est dans une phase de déclin et l’agriculture, l’artisanat textile et le commerce régressent.


Bilan : Malgré la richesse et la beauté de sa capitale, l’Empire Byzantin apparaît affaiblit et menacé par les attaques turques. Monde en déclin.

 

c) L’Occident chrétien :

Carte manuel p. 60-61 :

Documents : Texte d’Adalbéron de Laon et image montrant l’achat d’un fief


Carte p 60-61 : Comment apparaît L’Occident chrétien au XIIè siècle ?


L’Occident chrétien est composé de plusieurs royaumes et principautés. Monde en plein essor économique et culturel qui s’explique par la croissance de la population et des richesses.


Document texte : Comment est organisée la société ?


Au moyen-âge, la société est formée de trois ordres : ceux qui prient ( les clercs), ceux qui combattent (les nobles et les chevaliers) et ceux qui travaillent ( les paysans, les artisans et les marchands). Le système du fief ( bien, souvent une terre, confié par un seigneur ( abbé, roi, empereur…) permet à un seigneur de donner un bien à un vassal qui jouit du revenu de son fief et en échange, ce vassal doit être fidèle à son seigneur et lui fournir aide et conseil en cas de guerre. La société est dite féodale.

  

Le roi rend la justice, il est protégé de Dieu et est censé recevoir de lui le pouvoir de guérir certains malades. Le rôle de l’Eglise s’accroît ( perçoivent les dîmes : redevance due par les paysans au clergé ; elle est égale à environ un dixième de la récolte) et les églises sont agrandies et abondamment décorées. Les campagnes et les villes sont en plein développement ( défrichements, croissance de la population…) Ce qui se traduit par l’essor du commerce notamment avec les villes italiennes comme Pise, Amalfi, Venise…

Bilan : Au XIIè siècle, l’Occident chrétien est en plein essor.

 

Bilan général des 3 civilisations : On voit donc que les situations sont très différentes entre ces trois civilisations. Au XIIè siècle, les trois civilisations sont inégales dans leur développement.   


Définitions des termes :


Qu’est ce qu’une civilisation ?

Civilisation : les civilisations sont des espaces ( une étendue de terres, reliefs, climats, …)

les civilisations sont des sociétés :  une aire culturelle 

1095 : Document : Les croisés combattent les Turcs

1204 : Document  5 p. 77 : prise de Constantinople en 1204.

 

En 1095, c’est le début des croisades ( délivrer Jérusalem des musulmans ) et en 1204 lors de la 4ème croisade, les Francs mettent à sac Byzance ( ils sont éblouis par la richesse de la ville, ils y mettent le feu, la pillent et emportent des reliques ). C’est la rupture définitive entre l’Eglise latine et l’Eglise orthodoxe et les deux peuples deviennent hostiles l’un envers l’autre.

 

Reprise et annonce de la problématique :

 

La Méditerranée est au XII è siècle le milieu naturel de ces trois civilisations . C’est aussi le théâtre de violents affrontements entre ces civilisations ( guerres saintes) entre 1095 et 1204


Problématique : La Méditerranée est-elle au XII è siècle un espace d’affrontements entre les trois civilisations ou bien est-ce un espace dans lequel se développent des échanges de toutes natures ( culturels, commerciaux…) ?

 

I)  la Reconquête d’ Al-Andalous : entre affrontements et rencontres

 

A) La Reconquista

 

Bref  Rappel

 

 (Les musulmans s'étaient rendus maîtres en 718 de la péninsule dans sa quasi-totalité. Une grande proportion de chrétiens convertis à l'islam ainsi que des musulmans de diverses nationalités - Arabes, Berbères - fondèrent en Espagne de petites colonies. Les riches terres de l'Espagne méridionale, à laquelle ils donnèrent le nom «Djazirat al-Andalous», présentaient un intérêt incontestable comparativement aux déserts de l'Afrique du Nord.

Au VIIIe siècle, presque toute la péninsule Ibérique est musulmane. Seuls quelques petits royaumes catholiques subsistent dans le nord : Asturies, Castille, León, Navarre, Aragon, Catalogne. Au nom de la foi chrétienne et de l’indépendance de leur pays, ces petits États, aidés par les moines de Cluny entreprennent la reconquête du territoire : c’est la Reconquista*.)

 

 

 

Au XIle siècle, des Cisterciens et des moines chevaliers ( Ordre d’Alcantara, de Santiago…) pénétrèrent en grand nombre dans le pays. Ils animèrent d'un souffle nouveau l'esprit combatif des chrétiens d'Espagne. Les papes, de leur côté, travaillèrent à donner à la Reconquista l'apparence d'une Croisade.

 

-     Au IX- Xè siècles, la reconquête permet de  libérer le Nord de l’Espagne .

-         Entre le XI et le XIIè siècles, la Castille :  Prise de Tolède en 1085 par Alphonse VI de Léon

-         Au XIIè siècle : l’Aragon et le Portugal sont conquis aux dépends des musulmans.

-         En 1212 à la bataille de Las Navas de Tolosa, les musulmans sont défaits et l’Espagne du Sud s’ouvre aux chrétiens.

En 500 ans, les 2/3 du pays sont repris aux mains des musulmans à qui il ne reste plus que le royaume de Grenade. Al Andalous apparaît donc au XIIè siècle comme un terrain d’affrontements entre les chrétiens et les musulmans. C’est aussi un lieu de contact privilégié.

 

B) AL Andalous, une civilisation brillante.

Activité de classe :

 

Rangée 1 : doc. 2,  p. 80-81 : Plan de la ville de Tolède au XIIè siècle :

-         Quels sont les différents groupes de population qui vivent à Tolède ?

-         Comment les échanges entres les groupes sont-ils possibles ?

 

Rangée 2 : doc. 3,  p. 80-81  

-         Comparez l’enseignement prodigué à Paris, Tolède et en Angleterre. Où celui-ci vous semble  t-il le plus complet ? Pourquoi ?

-         Pour quelles raisons le traducteur part-il en Espagne ?

 

Rangée 3 : doc. , 5 p. 80-81  

-         Pour quelle raison Pierre le Vénérable, entreprend t-il la traduction du Coran en langue latine ?

-         Pourquoi Tolède est-elle le lieu où il peut réaliser son œuvre ?


Reprise :

 

Tolède est l’ancienne capitale chrétienne reconquise en 1085 sur les musulmans. Elle est la ville où se manifeste un véritable syncrétisme ( fusion)  culturel et intellectuel.

L’éclat d’Al Andalous persiste sous les dynasties berbères :

-         Les Almoravides dominent le pays de 1086 à 1147

-         Les Almohades de 1147 à 1232 ( – moins tolérants)

 

Tolède est le foyer culturel des Etats chrétiens : des contacts fructueux se nouent favorisés par la présence des mozarabes et des juifs experts dans les langues arabes, latine, hébraïque. Dès 1125, la ville devient un centre  réputé de traduction en latin de la version arabe des textes grecs anciens, d’ouvrages d’écrivains arabes et persans, notamment les contes. En outre, l’art mudéjar exerce une influence durable  dans la décoration des églises et des synagogues. Le palais de l’Alhambra de Grenade ou l’Alcazar de Séville en témoignent : l’intérieur de ces bâtiments est couvert de marbre , de stuc ( enduit fait avec un mélange de plâtre, de marbre et de céramique), de céramiques et agrémenté de multiples formes d’arcs. Le décor est composé de figures géométriques, de phrases du Coran stylisés ou d’arabesques ( un dessin stylisé de végétaux).Découverte d’instruments et de techniques de navigation ( boussole), diffusion de produits de luxe comme les pourpres et les brocards, redécouverte de la monnaie d’or ( le dinar-or est la monnaie étalon). Mais c’est dans le domaine des sciences que l'apport arabo-musulman fut particulièrement flagrant, et d’abord en mathématique et géométrie. il y a environ quatre mille mots d'origine arabe en espagnol et à peu près quatre cents en français : épinard, alambic, gazelle, chiffre.

Cordoue reste le foyer culturel d’Al Andalous : 70 bibliothèques ( dont une de 400 000 volumes). Ville spécialisée dans les études juridiques, fleurissent des récits de voyage et des études historiques.

Les savants traduisent les œuvres grecques antiques et font progresser la médecine, l’astronomie. Averroès ( 1126-1198), Avicenne  et Maimonide (1135-1204) dominent la vie intellectuelle.

 

L’Occident s’approprie ainsi les richesses intellectuelles du monde arabe et bénéficie le plus des contacts entre les cultures de la Méditerranée..

 

 
 

II - Des religions qui séparent et des échanges qui rapprochent:

 

A)    Les guerres saintes : Croisades et djihad

 

Activité :

 

Doc.1,2 p. 74 : L’appel du pape Urbain II 1095.

 

Doc.1 : Combien de croisades y-a-t-il entre 1096 et 1194 ?

Doc. 2. Que demande le pape dans cet appel ? Quelles sont les raisons de cet appel ? Comment sont présentés les musulmans ?

 

 

Doc. 4 p. 74 : La prise de Jérusalem en 1099 + Doc p.66 Les Etats Latins d’Orient

 

Doc. 4 p. 75 : Décrivez la scènes représentée sur les vitraux de l’église. Pourquoi cette scène est-elle présent au cœur d’une miniature ayant pour thème la prise de Jérusalem ?

Doc. p 66 : Quelles sont les conséquences de la 1ère croisade ?  

 

Doc. 3 et 5 p. 74-75

 

Doc.  3 p. 74 : Quelle est la réaction musulmane aux croisades ? Comment l’auteur du texte justifie-t-il l’action de Saladin ?

 

Doc. 5 p. 75 : A quel camp appartient l’auteur du texte ?  Quels éléments indiquent la violence de cette bataille ?  Relevez dans le texte les indications du poids des convictions religieuses dans chacun des deux camps.

 

 

REPRISE

 

 

En 1095, le pape Urbain II appelle les fidèles à libérer la Terre Sainte, alors aux mains des Turcs musulmans. Les candidats au départ devront coudre des croix sur leurs vêtements : les croisés.

Une foule de pauvres gens se met en marche mais elle est massacrée en Asie Mineure. En revanche, les chevaliers parviennent au Proche-Orient et s’emparent de Jérusalem en 1099. puis créent les Etats-Latins d’Orient dans les territoires conquis..

Ces territoires sont dirigés par les chefs de la Croisade. Ils sont défendus par des moines soldats appartenant à des ordres militaires ( Templiers, Hospitaliers…) qui tiennent aux frontières de puissantes forteresses ( le crack des chevaliers). Dès le milieu du XII è siècle, les Etats Latins ont du mal à repousser les attaques musulmanes et font appel aux chrétiens d’Occident qui organisent plusieurs croisades de secours. Mais les Musulmans reprennent Jérusalem en 1187.

 

Les croisades ont encore éloigné encore davantage chrétiens et musulmans. Et lors de la 4ème croisade, les croisés ont pillé la capitale Byzantine ce qui a rendu définitive la division entre chrétiens catholiques et orthodoxes. Mais en entrant en contact avec la civilisation musulmane, les chrétiens ont pu étendre leurs connaissances. Les croisades ont par ailleurs permis aux marchands italiens de développer leur commerce avec le Proche-Orient.

 

Conclusion :

 

L’équilibre des forces en Méditerranée est bouleversé au détriment de Byzance et au profit de l’Occident. Durant le XII è siècle, l’Empire Byzantin n’a cessé de s’affaiblir. Les chrétiens d’Orient lui portent le coup fatal en 1204 lors du sac de Constantinople. Les Occidentaux sont les grands bénéficiaires des bouleversements du XII è siècle. La Méditerranée est donc un espace d’enjeu :

Enjeu religieux : La Palestine est à la fois la terre du Christ et une région sainte pour les musulmans.

Enjeux politiques : Les Byzantins estiment que la Palestine et la Syrie devraient leur revenir et se méfient des occidentaux. Enfin, les Occidentaux ont des visées d’expansion. Pour les musulmans, la guerre sainte est un moyen d’affirmer la supériorité religieuses des sunnites sur les chiites.

Enjeux économiques :  la mer Méditerranée présente un intérêt commercial : les cités portuaires italiennes voudraient contrôler les routes maritimes en y disposant d’escales et être présents dans les régions où les produits occidentaux s’échangent contre des produits locaux. Au XII è siècle, Venise, Pise et Gênes ambitionnent de contrôler la Méditerranée toute entière. 

 

 

B) Le développement du commerce

 

Rangée une : Doc. 1 p. 76 question 1, 2, 3 p. 77.

 

Rangée deux : Doc. 2 p. 76 question 4,5 p. 77.

 

Rangée trois : Doc. 3,4 p. 76-77  question 6, 7 p. 77.

 

Reprise :

 

La Méditerranée est aussi un carrefour commercial. Un commerce régional actif existe entre l’Andalousie et le Maghreb. A Byzance, à Alexandrie s’échangent les marchandises venues d’Orient et celles en provenance de l’Occident : Les Occidentaux exportent surtout du bois, des armes et des draps. En échange, ils acquièrent des produits exotiques et précieux : or, ivoire, épices, soieries, coton…Le commerce des esclaves noirs prospère en Tunisie et en Egypte.

 

La Méditerranée est l’aire de naissance du capitalisme marchand. En Italie, des investisseurs s’associent à des marchands et risquent de l’argent dans des expéditions commerciales d’envergure. Ils passent des contrats devant des notaires.

Des convois partent de Venise, Gênes et Pise pour desservir Acre, Alexandrie, Tunis, Damas…Ces cités disposent de grands entrepôts, ou fondouks. En 1180, on dénombre 60 000 Occidentaux à Constantinople : ils dominent l’ensemble des circuits commerciaux en mer Méditerranée. Les marchands italiens revendent une partie des produits méditerranéens dans les foires de Champagne.

 

En 1082, Byzance accorde des privilèges commerciaux énormes aux Vénitiens, croyant gagner leur aide contre les attaques des Normands de Sicile. Pisans et Génois en obtiennent à leur tour en 1111 et 1155. Résidant dans de vastes enclaves, bénéficiant d’abattements fiscaux considérables, les Italiens suscitent la haine des habitants de la capitale Byzantine qui les massacrent en 1182.

En réaction, les Vénitiens détournent la 4ème croisade et s’emparent de Byzance et prennent le contrôle direct des marchés entre l’Orient et l’occident. A Alexandrie, Pise, Gênes et Venise obtiennent aussi des privilèges des autorité&s musulmanes.

A la fin du XIIè siècle, ce sont des navires génois qui convoient les pèlerins de l’Espagne musulmane vers les villes saintes de l’Islam. Ce sont des navires vénitiens qui transportent les marchandises de Byzance vers l’Egypte.


SYNTHESE : ETUDE DE CAS

La Sicile au XII ème siècle

 

Introduction

 

 

 La Sicile et l’Italie du Sud, au cœur du bassin méditerranéen, constituent un carrefour commercial et culturel. Au XIe siècle, cette région alors aux mains des Byzantins et des Arabes, est conquise par des chevaliers normands. Une aristocratie normande et catholique domine donc une population composite appartenant à plusieurs civilisation : latine (italiens et normands), byzantine (grecs), arabe et  juive.

 

(Problématique) : Quels sont les relations entre ces différentes civilisations dans le royaume de Sicile au XIIe siècle ? Quelles sont en particulier les relations entre Latins et Musulmans, et entre Latins et Grecs ?

 

 

DOCUMENTS POUR L’ETUDE DE CAS

 

 

Texte 1

1. Le roi de Sicile Guillaume Ier (1154-1166) vu par un voyageur arabe

 

L’attitude du roi est vraiment extraordinaire. Il a une conduite parfaite envers les musulmans; il leur confie des emplois, il choisit parmi eux ses officiers et tous, ou presque tous, gardent secrète leur foi et restent attachés à la foi de l’Islam. Le roi a pleine confiance dans les musulmans et se repose sur eux dans ses affaires et de l’essentiel des préoccupations, à tel point que l’intendant de sa cuisine est un musulman.

À Messine, il a un château, blanc comme la colombe, qui domine le rivage de la mer. Il a un choix nombreux de pages et de femmes esclaves. Il n’y a point de roi des chrétiens qui soit plus splendide en sa royauté, plus fortuné, plus luxueux que lui. (...) Par l’éclat de sa pompe royale, par l’étalage de sa parure, il ressemble au roi des musulmans (...) Un autre trait que l’on rapporte de lui et qui est extraordinaire, c’est qu’il lit et écrit l’arabe (...)

 

Ibn Djubayr, (voyageur et intellectuel originaire d’Al Andalus, 1145-1217), Voyages, 1184.

 

 Texte 2 :  Palerme, capitale de la Sicile

 

Elle est, dans ces îles, la mère de la vie citadine unissant en elle deux beautés, richesse et éclat: elle a tout ce que l’ont peut souhaiter pour charmer l’ouïe et la vue, et pour réaliser une vie pleine et verdissante, belle et splendide, brillante, plaisante, parmi ses places et ses espaces on imagine qu’elle est toute entière un jardin. Elle a des édifices dignes de Cordoue: tous les bâtiments sont en pierre de taille appelée tuf. (...). Combien de pièces d’eau, de pavillons de plaisance et de belvédères ce roi possède sans les habiter ! Combien il possède, dans ses quartiers, de couvents aux bâtiments, brillamment ornés dont les moines sont richement pourvus de larges censives et dont les églises ont des croix orfévrées d’or et d’argent. (...).En cette cité, les musulmans conservent quelques restes de leur foi; ils fréquentent la plupart de leurs mosquées et ils y célèbrent la prière rituelle sur appel clairement entendu. Ils ont des faubourgs qu’ils habitent seuls, à l’exclusion des chrétiens. Les souks en sont fréquentés par eux, et ils en sont les marchands. (...) Ils ont un cadi(1) devant lequel ils élèvent leurs procès; ils ont une mosquée principale où ils s’assemblent pour faire la prière et qu’ils ont grand soin d’illuminer en ce mois béni. Les mosquées ordinaires sont fort nombreuses, innombrables. Pour la plupart, elles servent de classes pour les professeurs de Coran.

Ibn Djubayr, Voyages, 1184

Cadi : juge religieux chez les musulmans.

 

Activité :

 

Rangée 1 : doc. 1, 2 p. 78 : Questions 1 et 2 p. 79.

 

Rangée 2 : texte 1 + doc. 3 p. 78

 

-         Quelle est l’attitude du roi envers les musulmans ?

-         Pourquoi cette attitude est-elle qualifiée « d’extraordinaire » par Ibn Djubayr ?

 

Rangée 3 : texte 2 + doc. 4 p. 79 

 

-         Quelle description Ibn Djubayr fait-il de Palerme ? A quelle autre ville de la Méditerranée la compare t-il ?

-         Comment vivent les musulmans en Sicile ? Peuvent-ils pratiquer leur foi et leurs coutumes ?

 

 

Reprise

 

A) Les relations entre latins et arabes

 

 Le premier et le second document sont extraits d’un récit de voyage, rédigé en 1184 par un intellectuel arabe, Ibn Djubayr, originaire d’Al Andalus, c’est à dire de l’Espagne musulmane. Dans le premier document Ibn Djubayr décrit le roi de Sicile d’après ce qu’il a vu et ce qu’il a entendu lors de son passage en Sicile, en 1166 ou peu avant.

Ce qui étonne Ibn Djubayr c’est que le roi Guillaume premier de Sicile se comporte comme un souverain musulman : " Il ressemble au roi des musulmans ". En effet le roi lit et écrit l’arabe, possède un harem de femmes gardées par des eunuques, choisit ses officiers et son cuisinier parmi les musulmans, et habite dans des palais avec des jardins à la mode arabe.

 

Dans le second document Ibn Djubayr décrit la ville de Palerme, capitale du royaume de Sicile. Il s’émerveille de sa beauté et de sa richesse et la compare à Cordoue, ancienne capitale d’Al Andalus dont il est originaire. Il dit que la ville compte de nombreux couvents, églises et mosquées tous richement décorés. Il précise que les musulmans y constituent une communauté autonome avec ses propres lois, vivant à l’écart des chrétiens. En effet, les musulmans exercent librement leur culte, possèdent une grande mosquée, de petites mosquées servant d’école coranique, et un tribunal présidé par un cadi, c’est à dire un juge religieux.

 

Ces deux documents montrent que les rois de Sicile pratiquent non seulement une grande tolérance vis à vis des Musulmans, mais aussi qu’ils ont adopté une partie du mode de vie des Arabes. Cela a de quoi étonner ce voyageur musulman, car à l’exception du roi de Castille à Tolède, les souverains catholiques ne tolèrent pas les Musulmans, n’adoptent pas leur mode de vie quand ils ne les combattent pas en Espagne ou en Terre-Sainte.

 

  

B) Les relations entre les Latins et les Grecs

 

Présentation du document). Ce dernier document est une mosaïque décorant la cathédrale de Monreale (Sicile), datant de la fin du XIIe siècle. Elle représente le roi de Sicile, vêtu comme un empereur byzantin (Guillaume II), recevant du Christ en majesté la couronne royale. En dessous sont représentés des blasons qui doivent être aux armes des rois de Sicile et des croix latines.

On retrouve donc dans cette mosaïque probablement due à un artiste byzantin des éléments appartenant à la culture grecque (représentation du Christ et du roi), et à la culture latine (inscription, blasons, croix latine). Ainsi dans cette œuvre d’art les deux cultures grecque et latine ont fusionné. De manière plus générale dans les édifices du douzième siècle sicilien les cultures grecque, latine et arabe ont fusionné.

 

 

Conclusion : quelles sont les relations entre les différentes civilisations méditerranéennes dans le royaume normand de Sicile et Italie du Sud au XIIe siècle ?

 

(Réponse à la problématique). Ainsi, la Sicile apparaît au XIIe siècle comme un lieu de tolérance religieuse et de fusion des cultures méditerranéennes dans certains domaines tels que l’art, alors qu’ailleurs ces cultures s’ignorent généralement voire se combattent au nom de la religion.

(Nuances et élargissement). On peut cependant se demander si cette tolérance n’est pas limitée. Elle apparaît surtout comme une volonté des rois de Sicile et on peut se demander si les différentes communautés en faisaient de même. D’ailleurs Ibn Djubayr note que les Musulmans vivaient séparés des Chrétiens. Et des incompréhensions subsistent de part et d’autre : Ibn Djubayr qualifie Guillaume premier de polythéiste, se basant sur la croyance des Chrétiens en la Sainte Trinité. Est-ce que les Latins n’ont pas fini par exclure les autres cultures et religions en Sicile ?

 

 

 

par M.Belmessaoud publié dans : Cours
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